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L'X fragile sera vaincu | Fragile X will be conquered

Une molécule pour combattre à la racine une forme de retard mental et d’autisme

Nadine Richon/Unicom |
Une étude européenne menée par Sébastien Jacquemont, au Service de génétique médi-cale CHUV-UNIL, montre avec un essai réalisé dans le cadre d’un partenariat académi-que et industriel que des améliorations sont possibles pour des patients atteints de trou-bles intellectuels jugés irréversibles.

Forme la plus fréquente de retard mental hérité, le syndrome de l’X fragile intéresse les cher-cheurs depuis de nombreuses années comme modèle monogénique pour l’étude du retard mental et de l’autisme. Cette maladie sous-diagnostiquée (un enfant sur 4000) se manifeste par une anxiété, une hyperactivité et des traits autistiques, les patients souffrant d’une incapa-cité à traiter les informations sensorielles. La découverte sur le chromosome X du gène FMR1 dont la mutation est responsable de la maladie date de 1991, mais personne jusqu’ici n’avait réalisé d’essai thérapeutique ciblé non pas sur un symptôme, par exemple l’anxiété, mais sur les mécanismes mêmes de la pathologie.

En collaboration avec Novartis, Sébastien Jacquemont et ses collaborateurs suisses et euro-péens ont traité 30 patients avec la molécule AFQ056. Celle-ci freine spécifiquement l’activité des récepteurs MGluR5 (metabotropic glutamate receptor 5), essentiels au bon fonc-tionnement cérébral. En effet, absente chez ces patients, la protéine FMRP ne remplit plus sa fonction de régulation de ces récepteurs. Grâce à ce «frein médicamenteux», certains enfants ont interagi davantage avec leurs proches, qui ont pu constater ainsi des améliorations impor-tantes de leur comportement.

Il se trouve que les patients concernés par ces améliorations partagent une spécificité généti-que : chez eux, le gène FMR1 muté est totalement désactivé. Appelée methylation, cette mo-dification chimique de l’ADN conduisant à l’inactivation complète d’un gène pourrait donc servir de bio-marqueur pour déceler les patients capables de répondre à ce type de traitement.

Publiée dans la revue Science Translational Medicine, cette étude représente un premier pas significatif pour le diagnostic et le traitement ciblé de l’X fragile, voire d’autres retards men-taux. Parmi les étapes suivantes, les mêmes équipes évaluent les effets à plus long terme sur le comportement et la cognition avec des essais en cours cette année au CHUV. Dans un futur à moyen terme, il s’agit d’étudier les bénéfices de cette molécule pour des sous-groupes d’enfants autistes. En effet, il est probable que certaines formes d’autisme partagent avec le syndrome de l’X fragile des mécanismes physiopathologiques similaires. «On a trop long-temps considéré les retards mentaux comme des troubles du développement irréversibles. Il est temps d’envisager des prises en charge spécifiques s’attaquant à la cause et pas seulement aux symptômes de ces maladies», souligne le Dr Sébastien Jacquemont.

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